Semaine PhiloMonaco 2026

Les Rencontres Philosophiques de Monaco se sont donné la tâche de créer une « communauté » où la parole et la pensée des philosophes circulent librement entre tous, et éclairent, ne serait-ce que d’un faible rayon, les problèmes que le temps présent rend de plus en plus complexes. C’est dans cette optique qu’elles organisent, du mercredi 24 au dimanche 28 juin, l’édition 2026 de la Semaine PhiloMonaco lors de laquelle de nombreuses personnalités invitées échangeront avec le public et participeront à des conversations, présentations d’ouvrages, dialogues et tables rondes.

Les rencontres sont ouvertes à tous.

Événement en direct

Ne pas céder sur son désir

Présenté par Raphael Zagury-Orly, philosophe, membre fondateur  

Clotilde Leguil, psychanalyste et philosophe 

Charlotte Casiraghi, auteure, présidente des Rencontres Philosophiques de Monaco 

Dans le Séminaire VII, consacré à l’éthique de la psychanalyse (Seuil, 1986), Jacques Lacan, lors de la séance du 29 juin 1960, dit vouloir, « à titre expérimental », avancer quelques « propositions » et voir « ce que ça donne pour des oreilles d’analystes ». La première est celle-ci: « Je propose que la seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c’est d’avoir cédé sur son désir ». En général, de la phrase, on ne retient que la dernière partie. Le plus souvent on l’entend - véritable contre-sens issu de la confusion entre « céder sur » et « céder à » - comme une sorte d’injonction hédoniste, une invitation à « lâcher tout », à céder à toutes les tentations, à se dégager du faix du Sur-moi pour donner libre cours à ses pulsions, à « faire ce qu’on veut ». La phrase étant quelque peu sibylline, elle autorise même qu’on se demande si « son » désir est le désir propre, celui du sujet, ou le désir de l’Autre: la confusion entre « céder sur » et « céder à » serait la même. Or la « nouvelle éthique » envisagée par Lacan ne se fonde guère sur le respect ou non d’impératifs venus d’ailleurs, de la société, mais sur la singularité du sujet, du sujet désirant. Ne pas céder sur son désir serait alors une forme de fidélité, une fidélité à sa propre subjectivité, à sa loi, à ce que l’on est au plus profond de soi, quand céder sur son désir équivaudrait à se trahir (« le sujet trahit sa voie, se trahit lui-même », écrit Lacan), à manifester une sorte de lâcheté existentielle d’où sourdrait la culpabilité, soit le sentiment de se sentir en défaut, en faute, vis-à-vis de son propre désir. Comment doit-être comprise cette phrase énigmatique, devenue pourtant presque un « mot », sinon un mantra ?

Robert Maggiori

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